Le Fief de Boisboissel et sa position stratégique

 


L'ancienneté du fief Boisboissel

Le fief Boisboissel est fort ancien, J. Geslin de Bourgogne le cite comme antérieur à celui du Chapitre (corps des chanoines de la cathédrale) et indique son origine comme étant dans le territoire du comte breton Rigwall (voir les légendes). Ce qui explique son imbrication dans la ville de Saint Brieuc, une position assez exceptionnelle, et des privilèges importants le tout en concurrence avec les biens et privilèges de l'évêque dont le fief canonical était presque enveloppé par les possessions du Bois Boissel.

La configuration du fief de Boisboissel, entourant la mense capitulaire, confirmerait bien que le premier est préexistant au second. De plus, « la chapelle de St-Michel et le cimetière avaient été établis sur une terre du fief du Bois-Bouessel » J.-H. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Anciens évêchés de Bretagne, op. cit., t. i, p. 247 et t. ii, p. 244.

Selon le document nommé "Indiculus de episcoporum depositione" c'est Nominoë qui aurait institué en 849 les évêchés de Saint Brieuc et de Tréguier. Sous le prétexte d’une accusation de simonie il déposa et remplaça par des prélats à sa dévotion les évêques d’Alet, de Léon, de Quimper et de Vannes, puis aurait formé sept évêchés en érigeant trois nouveaux sièges épiscopaux : un au monastère de Dol, avec le statut d’archevêché, le deuxième au monastère de Saint-Brieuc et le dernier de même à Saint-Pabu-Tual (J. SIRMOND, « Quomodo Nomenoius.. », p. 134 et André-Yves Bourgès, In perpetuam diocesim… voir http://andreyvesbourges.blogspot.com/2010/09/in-perpetuam-diocesim-propos-dun-livre_08.html ). C'est ce monastère de Saint-Brieuc qui nous relie aux Boisboissel et à l'ancienneté de leur fief, par le rappel du proverbe briochin qui indique qu'"avant qu'à Saint Brieuc il n'y eut fumée, Boisboissel y avait moustier".

Cependant, pour ce qui concerne l'ancienneté de l'évêché de Saint Brieuc, postérieur nous l'avons vu au fief Boisboissel, les dernières études tendent à prouver que sa création ne daterait que des « premières décennies du XIème siècle ». André-Yves Bourgès, In perpetuam diocesim… voir http://andreyvesbourges.blogspot.com/2010/09/in-perpetuam-diocesim-propos-dun-livre_08.html . On peut dès lors avancer l'hypothèse que la fondation puis l'extension des regaires de Saint-Brieuc se sont faites après le XIème siècle, et que c'est à cette période que le fief initial Boisboissel, fut scindé, et qu'une partie fut donnée pour fonder le fief canonical. En échange de quoi l'évêque autorisa ou confirma l'entrée dans la ministérialité de féodaux qui pouvaient prétendre à des droits préexistants. Cette hypothèse est avancée par monsieur Bertrand Yeurc'h dont l'auteur se permet de reproduire avec liberté certains propos.

Il faut noter que ce fief ne s'appelait probablement pas Boisboissel initialement, mais qu'il porta ce nom probablement à partir du XIIIème siècle. Il n'est aussi pas impossible que ce fief soit une subdivision d'un fief ancestral encore plus grand.

Enfin, Jehanne du Rouvre soutient le 17 avril 1480, que la terre et seigneurie du Bois-Bouessel est « ancienne et grandement noble ».

 

Un emplacement stratégique

La carte ci-dessous en relief montre le relief des environs de Saint-Brieuc et la place stratégique que le Bois-Boissel offre depuis ses hauteurs pour dominer l'accès au fleuve le Gouët (qui prend le nom de Légué à son embouchure). Le nom Gouët viendrait du mot breton « gwed » (i.e: le sang), nom qui a pu lui être donné à la suite du massacre des Vikings de Saint-Brieuc par les Bretons, ce qui aurait rendu le fleuve rouge de sang.

Ce fleuve déjà délimitait aux temps très anciens la frontière entre les Osismes de l'ouest et les Coriosolites dont la capitale était Corseul. L'emplacement de la butte du Bois-Boissel était donc très propice à la protection de cette frontière. Face aux invasions Viking, elle a permis de surveiller l'accès par la mer et empêcher que ces derniers puissent prendre position sur les hauteurs donnant accès à la ville.

Le fief du Bois-Boissel était donc un fief d'importance stratégique, surtout si l'on considère que nombre d'échanges commerciaux se faisaient par voie maritime. La tour de Cesson, à environ quatre kilomètres à l'Est, est une possession comtale au Moyen-Âge. Cette tour et le Bois-Boissel forment donc un dispositif défensif très ancien qui protège l'accès par la mer à la ville de Saint-Brieuc, ainsi que la poursuite de toute embarcation vers l'ouest. Il doit d'ailleurs être possible de voir la tour de Cesson depuis les hauteurs du Bois-Boissel, sous réserve de couper les arbres en son sommet. A noter également que le promontoire du Tosse Montagne, en contrebas du Bois-Boissel, semble être un éperon très aisément fortifiable et juste au dessus du fleuve.

Les pentes au Nord de la position du Bois-Boissel sont extrêmement escarpées, offrant une protection défensive très nette. Il apparait comme logique qu'une motte féodale ait pu être construite en ces lieux.

relief 3D

Fief, terres, charges et revenus

Durant l'époque féodale, le fief était un domaine concédé à un vassal par son seigneur, le plus souvent en échange de services militaires. Cette pratique se développa au Moyen-Âge à la suite de l'éclatement de l'Empire carolingien. La position stratégique du fief Boisboissel, qui protège l'accès par la mer à la ville de Saint Brieuc indique, entre autre, une vocation militaire de défense de la ville, notamment contre les attaques Normandes, fréquentes entre 860 et 950. A noter cependant qu'il n'y a pas trace de possession par les Boisboissel de la tour Cesson, domaine des ducs de Penthièvre.

Le fief s'étendait des paroisses de Saint Michel, de Saint Brieuc, de Plérin, de Trégueux, de Langueux, de Cesson et de Ploufragan, le fief de Kergomar y fut annexé. Il enveloppait le fief canonical, et couvrait le territoire Est de la ville de Saint Brieuc, entre l'Urne et le Gouët. Les sires de Boisboissel possédaient également presque toute la rue du Pohel, formant comme une pénétrante dans ledit fief canonical qu'il entourait et habitaient rue Saint Père le manoir de Quicangroine. Ils avaient droit de patronage sur la seule église paroissiale de Saint Michel

Pour ce qui est des revenus, citons en autre que les Boisboissel possédaient deux fours à ban (qui concerne le moulin et le four) dans la cité épiscopale, un four à ban près du monastère (celui-là même fondé par Saint Brieuc). Le seigneur de Boisboissel exige l'utilisation de ses moulins et ses fours. En effet il perçoit par la coutume un droit de mouture au seizième du grain moulu, mais l'évêque en possède également et, en tant que seigneur supérieur ou suzerain, il ne peut contraindre à l'utilisation de son moulin que si le seigneur direct (Boisboissel) n'en possède pas: d'où de fréquents litiges. Ainsi en 1669, le Parlement de Bretagne intervient dans les conflits entre l'évêque, le chapitre et le sire de Boisboissel pour confirmer le droit des habitants de Saint Brieuc de choisir leur moulin parmi ceux des trois seigneurs. (Histoire de Saint Brieuc et du pays Briochin, edition Privat)

Au XVIIème siècle, ils font valoir des droits de coutumes anciens qui consistent en la moitié des sommes perçues sur les drapiers et de celles levées le dernier jour de mai et la première huitaine d'avril.

Enfin les privilèges seigneuriaux sont décrits dans le chapitre privilèges.

 

Index: