La fidélité au roi dans les heures sombres

 

 

La révolution française en Bretagne

Derniers rayons du soleil avant la nuit... On se permettra un rapide rappel des événements: "la révolution a commencé en Bretagne", dira Bertrand de Molleville. Celle-ci mal remise de la perte de son indépendance et toujours fière de son Parlement, envoie au roi des Remontrances le 2 mai 1788 qui sont de fait insolentes et considèrent avec mépris certaines lois du royaume.

Dans le même temps, les Etats de Bretagne, vestige du Grand Conseil des temps anciens, manquaient d'homogénéité. Ils luttaient pour le maintien des franchises de la Bretagne, votaient et répartissaient pour deux ans les impôts de la province. Mais le Parlement parfois passait outre les Etats pour l'enregistrement des impôts, ce qui lui valut une opposition contre lui de la noblesse.

C'est dans ce climat que le 8 mai 1788, les Parlements sont suspendus. La protestation est unanime, car les édits de Brienne qui les suspendent, et qui en outre entraînent la disparition des justices seigneuriales, violent les clauses de l'Acte d'Union de 1532. Le Parlement refuse, le pouvoir royal le fera de force. Rennes s'enflamme, et ainsi tout commence. (Yves de Boisboissel, dans son ouvrage sur Hippolyte Loz de Beaucours, le dernier avocat au parlement de Bretagne)

Une session des Etats généraux s'ouvre le 29 décembre 1788: le Tiers Etat demande l'abolition des privilèges de la noblesse et un impôt égal pour tous. S'ensuivent tensions et agitation de la foule manipulée par des journaux clandestins et des étudiants (Moreau) qui pillent une armurerie et attaquent des nobles: les premiers morts de la révolution sont là, qui seront les premiers de centaines de milliers d'autres (n'oublions pas les 300 000 morts Vendéens).

En avril 1789, la noblesse bretonne décide de ne pas être représentée aux Etats Généraux. Elle commet là une grande erreur, les absents ayant toujours tort, la révolution se fera sans elle. La suite est connue, la constitution civile du clergé le 12 juillet 1790 considère les prêtres comme des fonctionnaires, qui doivent jurer sur la constitution (texte profane). Le roi très religieux refuse et c'est en province que la résistance commence à se mettre en place, surtout dans l'Ouest où le 13 février 1791, 3000 paysans assiègent Vannes pour réclamer leur curés. Mais la haine anti-religieuse s'installe qui aboutira aux massacres de Septembre 1792, ordonnés par Marat, approuvés par Danton, et qui tuera des prêtres réfractaires principalement, mais aussi beaucoup d'aristocrates, de détenus, d'artisans, d'enfants ...

Auparavant, le 10 Août 1792, les Tuileries sont emportées après massacre de sa garnison par une foule en furie. Les Jacobins (Marat, Danton et Robespierre) qui organisèrent la prise, prirent ainsi le contrôle de la révolution, et parvinrent à museler le parti des Girondins, plus souple et favorable au roi: c'en était fait du sort du lieutenant de Dieu sur terre, la Terreur commencait, et le roi fut guillotiné le 21 janvier 1793. La haine de la noblesse est alors son paroxysme et la tyrannie totalitaire qui éxécute tout opposant ou représentant indésirable, s'accompagne d'une haine anti-religieuse qui lui servira de fil conducteur.

Mais la France est divisée, et dans l'Ouest, la levée en masse de 300 000 hommes est fort mal accueillie par les gens que la persécution des prêtres, et la mort de Louis XVI frappent terriblement. L'insurrection est d'abord religieuse, aussi plutôt que d'aller servir la république qui a tué leur roi et tue leurs prêtres, ils prendront les armes contre elle.

 

L'émigration et la lutte

Les Boisboissel habitent Guingamp ou Ploëzal lorsque la révolution éclate. Hormis Laurent-Charles qui rejoignit l'armé de Condé en 1791, impatient de se battre pour la cause royale, il semble qu'aucun autre Boisboissel n'ait participé à une manifestation jusqu'à la loi des suspects, votée par la Convention le 17 septembre 1793. Cette loi stipule que sont réputés suspects, c'est à dire passibles du tribunal révolutionnaire, les "ci-devant nobles qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la révolution"!

A ce moment là, ils seront unanimes pour prendre partie pour la fidélité au Roi de France: ils prendront les armes! Et c'est ainsi qu'ils émigreront pour beaucoup d'entre eux, non pas dans le but de sauver leur tête et d'attendre patiemment que les évènements se calment pour revenir, mais pour s'organiser en vue de combattre pour la royauté à laquelle ils montreront toujours un indéfectible soutien.

Notons que de par ces tragiques événements, la descendance mâle de Boisboissel qui semblait enfin être assurée en cette fin du XVIIIème siècle fut mise en péril car plusieurs de ses enfants furent fauchés. Un seul Boisboissel, Jean-Hyacinthe, survécut qui transmit le nom, après avoir eu la vie sauve de façon in extremis (voir ci-dessous).

 

Pour les fils de François-Isaac de Boisboissel, c'est l'heure de l'action:

Laurent-Charles de Boisboissel, était à l'époque sous lieutenant au régiment de Boulonnais (ou Boulonnois). Il émigre le 4 janvier 1792 à Ath avec une partie des officiers de son régiment et s'engage dans l'armée de Condé, dans l'infanterie noble où il combattit les armées républicaines. Voir le chapitre sur l'armée de Condé. Il y récoltera blessures, handicap à vie (au bras), misères, et incompréhension de sa patrie pour son engagement. Il sera licencié en mai 1801, blessé.

Le 24 septembre 1793, une semaine après la "loi des suspects", émigrent en Angleterre Jean-Marie-Michel-Isaac de Boisboissel, officier de la marine royale et Marc-Antoine-Bertrand-Marie de Boisboissel, son frère. Ces deux frères débarquèrent à Quiberon en 1795 où ils furent tous les deux tués au combat (et non pas fusillés). Voir le chapitre sur le débarquement de Quiberon.

 

Leur dernier frère, Jean-Hyacinthe de Boisboissel, avait seulement 15 ans en 1793, et bien qu'il fut destiné à servir dans la marine royale et qu'il fut élève des Ecoles Royales Militaires de Vendôme depuis 1787, la mort de l'infortuné Louis XVI le stoppa dans cette carrière. Il était alors trop jeune pour pouvoir partager avec ses frères l'honneur et le péril de l'émigration, et il resta donc dans sa famille, sans prendre les armes d'une quelconque façon lors des conflits de l'Empire: fidélité au roi oblige!

A la fin de la période révolutionnaire, en mars 1815 lors des cent jours, il fut signalé aux autorités supérieures alors existantes comme royaliste dangereux. Dénoncé au ministre de la police générale, et à Bonaparte lui même, il fut arrêté le 28 du mois de mai, par ordre de M. L..., commissaire extraordinaire de l'usurpateur, et fut transféré sous bonne escorte dans la prison de Saint Joseph, à Lyon, et aurait été infailliblement traduit en jugement (c'est à dire la peine de mort assurée, pour l'exemple) si le résultat de la bataille de Waterloo n'avait donné une nouvelle direction aux affaires. Voir le chapitre sur l'annecdote de Waterloo.

 

Parmi les enfants de Jean-Joseph, ancien garde du corps du Roy nous trouvons:


Vincent-Gabriel de Boisboissel
, enseigne de vaisseau en 1757, second enseigne à la compagnie des Indes, choisit lui aussi l'émigration. Il part avec ses cousins le 24 septembre 1793 (liste générale des émigrés). Il demandera dans une lettre datée du 2 thermidor an XI (22 juillet 1803) la main-levée de ses biens, main levée qui sera accordée le 17 thermidor. Il rejoint alors la Royale, de tradition fidèle au roi comme son nom l'indique, et à cet effet participe à la bataille de Trafalgar (pour l'empereur !) où il meurt pour la France sur le vaisseau Le Formidable, commandé par le comte de Guébriant son oncle. Voir le chapitre bataille de Trafalgar.

Toussaint-Joseph-Pierre de Boisboissel, son frère, nommé par le Roi abbé de Verteuil, du diocèse de Bordeaux en 1784, émigra lui le 30 pluviôse an II (21 février 1894). Il fut amnistié par la suite du fait d'émigration par lettre du grand juge Regnier du 25 germinal an XI, et remis en possession de ses biens.

 

Parmi les dames ou demoiselles de Boisboissel, nous n'avons pas d'indications. Il semble qu'elles soient restées en Bretagne durant cette période.

La dénonciation

Selon Mirabeau, "la délation est la plus importante des nouvelles vertus !". Quelle charmante vertu républicaine !...

C'est ainsi que Ange Gabriel Marie de Boisboissel, comte de Boisboissel, qui avait quitté Paris pour se réfugier en Ploëzal (près de Pontrieux), fut accusé le 20 floréal an II, soit le 9 mai 1794 par le comité de surveillance de Runan. On y apprend qu'il fut dénoncé comme traite à la république naissante, en laison avec un prêtre réfractaire, excitant le peuple à ne pas payer l'impôt révolutionnaire, et recevant les "rebelles", à savoir le peuple refusant la dictature anticléricale et tyrannique de la république naissante, et composé de gens vivant simplement mais attachés à leurs traditions, à leur terre et à leur religion. Il survécut fort heureusement à cette accusation. Voir le texte de l'accusation au chapitre "Dénonciation de Ange Gabriel Marie de Boisboissel"

Ange-Gabriel-Marie de Boisboissel (1732-1814)

L'ironie est qu'il avait proposé, à l'Assemblée des Etats Généraux, des "idées patriotiques sur les premiers besoins du peuple, avec un aperçu sur les principaux objets à traiter" pendant leur tenue...

 

Le bonnet de la reine Marie-Antoinette

Le bonnet de la reine Marie Antoinette, en dentelles, lors de son éxécution le 16 octobre 1793, est indiqué comme vendu à Laurent Charles de Boisboissel le 27 vendémiaire an II par le citoyen Sanson (le bourreau de la famille royale). Cette "relique" de la royauté appartient toujours de nos jours à la famille.


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