La réformation de la noblesse Française en 1669

 

Pourquoi une réformation de la noblesse ?

En 1668 Louis XIV ordonne une grande réformation de la noblesse de France, à l'instigation de Colbert. Cette mesure toucha principalement deux classes de personnes : les pauvres gentilshommes ruinés par les guerre de la Ligue, et mis dans l'impuissance pécuniaire de faire à leur frais les recherches nécessaires à la production de leurs titres dispersés, sinon détruits, et les bourgeois enrichis par le commerce, et devenu possesseurs des fiefs des familles éteintes, auxquelles ils voulaient se substituer.

Le roi nomma, pour la recherche des usurpateurs en Bretagne, une commission composée du premier président au parlement de Bretagne, François d'Argouges, seigneur du Plessis, qui appartenait à une ancienne famille noble originaire de Basse-Normandie, d'un président à mortier, Guy Le Meneust de Bréquigny, était par contre un anobli de fraîche date, du procureur-général et de 16 conseillers (dont certains d'ancienne noblesse comme Jean de Brehand, sieur de Mauron, Louis de Langle, sieur de Kermoran, Guy de Lesrat, Exupère de Larlan, Jacques Barrin, sieur du Bois-Geffroy, René de Lopriac, Jean-Claude Le Jacobin, Huchet et Louis de La Bourdonnaye de Coëtion)

Le groupe formé était très disparate mais avec, semble-t-il, de très bons magistrats. Parmi ces commissaires exclusivement pris dans la robe, plus de la moitié appartenait à des familles anoblies par charge. De là, la partialité qu'ils montrèrent contre la noblesse d'épée, de là aussi leur refus d'admettre le montres militaires comme preuves. Ils eurent tendance à être juges et parties dans leur propre cause, et se donnèrent invariablement la qualité de chevalier, quoique cette qualité, regardée comme héréditaire en Bretagne, ne dût appartenir qu'aux plus ancienne maisons.

Notons que la Chambre de Réformation jugea la noblesse des familles, mais non pas la validité ou la qualité de la généalogie qu'elles produisirent, et qu'il n'y eut à produire leurs preuves en 1668 que les familles qui furent appelées à les présenter.

 

Les preuves produites par la famille Boisboissel

Aussi, c'est au décès de Gilles de Boisboissel que Anne Noblet (ou Le Nobletz), son épouse, dût le 6 août 1669, comme tutrice de ses enfants mineurs, produire les titres de la maison de Boisboissel à la chambre établie pour la réformation de la noblesse de Bretagne, afin de justifier les qualités de noble, d'écuyer, de messire et de chevalier, portés par la famille depuis plusieurs générations.

Elle produisit les titres de la famille, remontant à Chesnin Le Prevost, chevalier, fils de Juhaël, lequel donna partage à Alain et à Juhel de Boisboissel, ses frères puinés, le mercredi après l'Ascension de J-C. 1317. Cliquer ici pour voir le procès verbal de l'arrêt de maintenu de noblesse.

Cette production fut vérifiée par la chambre par arrêt du 7 août 1669, laquelle maintint MM de Boisboissel, les fils de Anne Noblet, dans leur noblesse d'ancienne extraction, et dans la qualité de chevaliers en leur confirmant le droit qu'ils avaient de porter pour armoiries "de Bretagne, au chef de gueules chargé de 3 macles d'or", et ce pour avoir prouvé 12 générations depuis Juhaël (1ère génération) et les enfants (12 ème génération) de Anne Noblet épouse de Boisboissel.

Notons également dans l'extrait de l'arrêt de maintenu de noblesse publié par Courson page 110 de son ouvrage "Recherches historiques sur la maison de Courson en Bretagne et en Angleterre de 1066 jusqu'en 1881", la maintenue de noblesse de Issac Toussaint et de ses frères et sœurs puînés. La filiation indique: "... Jean épouse (en 1424) Margueritte de Penhouët, lequel Jean est petit fils d'Alain de Boisboissel, chevalier, seigneur du Boisboissel, ledit Alain fils de Juhuel de Boisboissel et de dame Gervaise, lesquels sont 12éme ayeul et ayeulle de damoiselle Marie Jeanne de Courson".

 

Manquements dans la généalogie produite en 1669 et compléments.

Les preuves fournies par Anne Noblet font apparaître des manquements dans la généalogie de la famille. En effet, on ne cite pas Maurice entre Alain et Jean, et on indique que Jean est le petit fils de Alain, " petit-fils " pouvant signifier descendant car étant un terme que l'on ne voit pas encore employé à l'époque. Le but des preuves pour la réformation n'étant pas de fournir une généalogie précise, mais le rattachement à une famille noble antérieure à 1400 pour être qualifié de noblesse d'extraction chevaleresque, Anne Noblet ne jugea sans doute pas utile de donner plus de précisions que la filiation de Jean de Boisboissel à son ascendant Alain, vivant en 1317.

Or les dates indiquent que Jean, épousant en1424 Marguerite de Penhouet, ne peut être le petit fils de Alain vivant en 1317. Il manque une génération.

Pierre de Boisboissel, dans son testament de 1362, cite son oncle Alain (oncle voulant dire grand-oncle, expression qui n'était pas en usage à l'époque), frère de son ayeul (Chesnin), comme ayant un fils nommé Jehan auquel il fait un complément d'hoirie, ledit Alain n'ayant pas été équitablement partagé lors du partage de 1317.

Maurice de Boisboissel épousa en 1383 Aliette de La Roche. La sentence du 4 février 1493 connue par Lainé, vient couronner la suite des actes qui permettent de rattacher de façon certaine la filiation de Louis de Boisboissel à Juhael. Louis agit comme " fils aîné et héritier principal et noble de Jean de Boisboissel, et comme petit-fils de Maurice ". La jonction est ainsi faite entre Jean Ier (Jehan) et Jean II et Maurice est placé à sa bonne place. Les rapports de dates ne contredisent pas cette filiation et le " trou " de l'arrêt de maintenue est comblé.

En outre Alain de Boisboissel est cité comme seigneur du Fossé Raffray, tout comme le sont également Maurice et Jean II.

Les actes notariés confirment encore cette filiation. La transaction du 1er avril 1443, indique que Jean de Champagné et Jeanne du Rouvray, seigneur et dame du Boisboissel, promettent de s'acquitter envers Jean de Boisboissel et les siens issus de son aïeul paternel une rente de 10 livres. Il parait plus que vraisemblable que ces 10 livres correspondent à celles donnée par son testament de 1364 par Pierre de Boisboissel à Jehan de Boisboissel et qui n'avaient toujours pas été payées. L'aïeul en question serait donc bien Jehan (Jean Ier du nom) et l'époux de Marguerite de Penhoët Jean II.

 

 

Notons pour information que certains généalogistes prennent pour date originelle pour la filiation ininterrompue de la famille Boisboissel, l'acte de mariage de Maurice de Boisboissel avec Aliette de la Roche, acte daté du mercredi après le nouvel an 1383, c'est à dire après Pâques, mais que le testament de Pierre de Boisboissel n'y était alors pas connu dans leurs études.


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