Le Prévost

 

Le nom Le Prévost et le nom Boisboissel

Ce nom de Le Prévost tient son origine dans la charge de Prévôté que tenaient les seigneurs de Boisboissel en la ville de Saint Brieuc. Ils étaient prévôts féodés héréditaires de cet évêché (ou vicaires voyers), ainsi que seigneurs de Boisboissel. Ce nom fut le nom porté originellement par la famille, avant que le nom de la seigneurie de Boisboissel ne se substitue à lui au début du XIVème siècle, et ce bien que le fief de Boisboissel ait été plus ancien que celui du chapitre.

Dans les textes les plus anciens, les propriétaires de fiefs n'étaient désignés que par leur nom de baptême, qui était alors le NOM devenu aujourd'hui le PRÉNOM. Vers les XIe et XIIe siècle, ils ajoutèrent à leur nom-prénom celui de leur fief à titre de SURNOM, lequel est devenu notre NOM d'aujourd'hui. Au XIIe siècle (mais plus tardivement en Bretagne), le chef de famille seul propriétaire du fief commence à être qualifié de seigneur de son fief. Pour les cadets, on voit deux cas de figure : a) les uns ont retenu comme patronyme le nom du fief de leur famille, mais sans la qualité de seigneur ; b) d'autres, dotés d'une seigneurie importante, ont préféré retenir le nom de celle-ci pour eux et leur descendance.

Ainsi, au tout début du XIVème siècle, dans la branche aînée des Boisboissel, Chesnin Le Prévost, fils de Juhaël, est à la fois cité comme "Chesninus Prepositi" en 1309, et héritier en 1317 de la seigneurie de Boisboissel, tout comme son frère Yves, évêque né en 1280, est cité en 1328 comme "Yvo Praepositus". Leur frère Alain, seigneur du Fossé Raffray et père de la branche des Boisboissel existant encore de nos jours, est lui cité comme Alain de Boaysboexel en 1362 dans le testament de Pierre de Boisboissel, son petit neveu.

Voir également la déposition de Charles de Blois lors de l'enquête de 1341 sur la succession du duché, qui indique "mademoiselle Margelie du Bois Bouessel qui fut fille monsieur Suhel [Juhel] Le Prevost et sour monsieur Thevin Le Prevost chevalier et soeur à l'evesque de Sainct Malo"(Michel Saliou, Un problème de légitimité : Le débat juridique Blois/Montfort en 1341, 1994, mémoire de maîtrise d'histoire médiévale, 132 p. (p. 93 d'après BnF ms. fr. 22338 fo 128 r)

Guillaume de Boisboissel est lui cité le 02 juin 1312 comme Guillelmus de Bosco Bouselli, scutiferi, signifiant que s'il portait le nom de la seigneurie, il n'en était pas l'héritier, tout comme il ne portait pas le nom de Le Prévost.

 

Rattachement des Boisboissel aux Le Prévost de Rennes au XIème siècle

Citons les Mémoires pour servir de preuves à l'Histoire de Bretagne, par Dom Morice, citées par Lainé, loc. cit.:

" Les seigneurs de Boisboissel, à l'exemples de plusieurs "races illustres ( les "Le Sénéchal", seigneurs de Kercado, en Bretagne, les "Le Vicomte" en Normandie, les "Prévost de la Force" et les "Vigier" en "Périgord, etc. ) tiraient leur nom ( Le Prêvost ) d'une charge inféodée et héréditaire, celle de l'église de St Georges de Rennes. Cette charge qui, dit Geslin de Bourgogne, assurait une épée à l'Evêque "sans lui laisser l'embarras de la porter, équivalente pour d'autres provinces à celle d'avoué ou protecteur, ne pouvait être remplie que par un seigneur puissant en crédit et en vasselage, puisque ces fonctions principales consistaient à défendre et à protéger contre toutes les oppressions les religieuses et les biens de ce monastère. Cet officier "rendait aussi la justice et prélevait la huitième partie des confiscations. "

On apprend toutes ces particularités d'une charte d'environ l'an 1035 signée par le duc Alain de Bretagne, et son frère Eudes, charte très certainement écrite lors du partage qu'ils firent de la Bretagne à cette date.

Un certain Orhant Le Prévost (praepositus) y est mentionné, qui fit don à l'église de saint Georges des trois quarts de la dîme de Paimpont, laquelle était du domaine des comtes Alain et Eudon. Le généalogiste Lainé dans ses "archives généalogiques et historiques de la noblesse de France, Paris, 1828", n'hésite pas à le rattacher à la famille des Le Prévost, seigneurs de Boisboissel le nommant ainsi comme premier ancêtre référencé dans l'histoire.

On peut être surpris d'une référence à la ville de Rennes, les Le Prévost, seigneurs de Boisboissel, résidant certainement à Saint Brieuc. Aussi on ne peut assurer avec certitude que les seigneurs mentionnés dans cette chartre sont bien les ancêtres des Le Prévost de Saint Brieuc.

Néanmoins une autre charte, datée précisément de l'an 1060, disponible sous le lien suivant: "chartre d'Adèle de Saint Georges" indique également qu'une Adèle, abbesse de St Georges, confirma Gautier Le Prévost, frère de Judicaël et fils de Orhant Le Prévost, dans l'office qu'avait exercé son père. Le Comte Eudon, les Vicomtes Joscelin et Alain, et plusieurs autres seigneurs furent présents à cette charte. Y est indiqué en latin: "Adela Sancti Georgii Abbatissa convenientiam talem fecit cum Gualterio ejus Praeposito scilicet praefecturam Plubihan quam Pater ejus tenuit, ipsi concedit tali modo ut in fidelitate Sancti Georgii..." signé "Judicaël frater ejus Gualterii..."

Pleubian est au nord de la Seigneurie de Boisboissel, et Juhael Le Prévost vivant au XIII siècle est le père de la filiation des Boisboissel actuelle. Aussi même si aucune preuve généalogique formelle ne permet d'affirmer officiellement que les Le Prévost, seigneurs de Boisboissel, descendent de Orhant Le Prévost, l'hypothèse du généalogiste Lainé reste possible quoique difficile à prouver étant donné la similitude des noms au sein de la même région.

 

Citons enfin la généalogie de la maison de Bréhant qui accrédite cette thèse de l'origine de la famille au XIème siècle:

"Les noms de famille, dit M. de C., se sont établis en Basse Bretagne plus tard que dans la Haute, et dans celle-ci plus tard qu'en France. Soit. Mais l'usage des noms patronymiques n'a dû prévaloir que graduellement, et il est difficile d'indiquer d'une manière précise, avant 1200, l'époque à laquelle il fut adopté généralement et sans exception en Bretagne. L'exemple que je viens de citer des Rieux, des Lohéac, des d'Acigné, etc. semble ne laisser subsister aucun doute à cet égard. Une remarque que l'on ne manquera pas de faire, c'est que si l'on prend à la lettre l'opinion de M. de C. sur les origines antérieures à la première partie du XIIème siècle, l'on en arrive à contester celles de beaucoup de familles d'ancienne chevalerie qui, par tradition et avec toute raison sans doute, datent entre autres (pour ne citer que les noms bretons): les Volvire de 996, les d'Acigné de 1032, les Boisboissel de 1035, les Raiz de 1008, les Pontchâteau de 1065, les Cornulier (par les Cornillé) de 1086, les du Plessis d'Argentré de 1095, les la Roche-Bernard, Tinténiac, Saint-Gilles, Goyon, Kergorlay, Sérent, de la première croisade (1096) les Trémereuc, la Bouessière, Lanveley et Coëtquen de 1108 etc. ..." "Supplément à la généalogie de la Maison de Bréhant en Bretagne imprimée en 1869 Bachelin-Deflorenne, page 44"

 

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